Principes et lignes directrices

pour les interventions de sauvetage de baleines de grande taille

 

DÉDICACE

Le présent document est dédié à la mémoire de Tom Smith, de Kaikoura, en Nouvelle-Zélande. Tom, pêcheur et défenseur de l’environnement, homme charmant et généreux, est mort tragiquement en essayant de dégager une baleine à bosse alors qu’il se trouvait dans l’eau. À la suite de cette tragédie, et de tant de blessures causées par l’homme, relevées dans le monde entier, une des grandes motivations de ces Principes et Lignes directrices est à la fois d’essayer d’empêcher que des tragédies similaires ne se reproduisent, et d’honorer la famille de Tom.

 

AVERTISSEMENT

Bien que les présents principes et lignes directrices aient été développés dans le but de maximiser la réussite et la sécurité des interventions de libération, ces interventions sont des opérations complexes et parfois imprévisibles ; l’application de ces principes ne garantit pas nécessairement la sécurité personnelle, le dégagement de l’animal, ni la conformité de l’opération aux règles et règlement nationaux (permis et/ou lettres d’autorisation). L’opérateur est entièrement responsable d’entreprendre ses activités sans danger selon son meilleur jugement. L’IWC et les auteurs du présent document déclinent toute responsabilité pour les actions intentées à la suite des présents principes et lignes directrices. Il s’agit d’un document évolutif, qui se veut à la fois dynamique et évoluant en fonction de l’acquisition d’informations et d’expériences nouvelles, et non pas d’un manuel d’instructions.

 

L’OBJECTIF

Conformément aux informations les plus récentes, l’objectif du présent document est d’établir des principes et des lignes directrices régissant l’intervention, par des personnes dûment formées, à la signalisation de baleines vivantes prises dans des filets. L’objectif d’une intervention de libération est de dégager sans danger la baleine de tous les filets et engins dans lesquels elles se sont emmêlées, et d’acquérir le plus de connaissances possibles sur ces cas de baleines emmêlées pour assurer la prévention de ces accidents dans l’avenir. L’intervention de personnes bien intentionnées mais sans formation risque d’empirer l’emmêlement par l’insuffisance des connaissances et de l’expérience sur le sujet.

Par exemple, en débarrassant de baleines ainsi prises du matériel de chalutage facilement accessible, on risque de laisser sur l’animal des composants plus critiques, et de rendre des interventions de libération futures plus difficiles, voire impossibles, en causant des blessures potentiellement très graves, voire la mort, de la baleine. Les scénarios régionaux d’intervention de libération de baleines emmêlées, et leur complexité, nécessitent parfois des techniques et stratégies diverses (on se reportera à l’Annexe F pour le renforcement des capacités et la formation).

 

OBJECTIFS DES INTERVENTIONS EN CAS D’EMMELEMENT

 

(a)     Sécurité pour l’homme

(b)     Bien-être de l’animal

(c)     Contribution à la conservation d’importantes populations de baleines, en tenant compte du fait que le but final est la prévention.

(d)     Collecte de données pour contribuer à l’identification des principales pêcheries et populations de baleines, et, de là, à une meilleure spécification des problèmes d’emmêlements accidentels dans une certaine région, afin de faciliter la mitigation et la prévention.

(e)     Sensibilisation sur les problèmes à tous les niveaux, afin de renforcer la signalisation et la prise de mesures appropriées pour aborder les questions énoncées aux points (a) à (d)

 

(1) SÉCURITÉ GÉNÉRALE

(a)     Les intervenants ne doivent, en aucun cas, entrer dans l’eau. Grâce à la formation, aux outils et aux techniques de sauvetage dont on dispose, ceci n’est pas nécessaire. Plus de mille interventions de sauvetage ont été menées avec succès avec des techniques sur bateau, sans accidents significatifs avec blessures pour le personnel, alors que personnes ont perdu la vie au cours de tentatives de sauvetage en plongée.

(b)     Ne jamais placer le sauvetage d’une baleine au-dessus de la sécurité de l’homme.

(c)     Limiter la participation à des interventions de sauvetage à des opérateurs dûment formés et habilités.

(d)     Les interventions doivent faire l’objet d’une planification minutieuse, avec réunions d’information intégrales pour tous les intervenants et les membres de l’équipe. Les intervenants doivent être clairement informés sur les buts, les objectifs, les méthodes opérationnelles et leur rôle.

 (e)    Ne jamais fixer un câble raccordant la baleine au navire.

ATELIER CIBLANT L’INTERVENTION DE SAUVETAGE D’UNE BALEINE EMMÊLÉE IWC/64/WKM&AWI REP1

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(f)      En plus de l’attention à l’intervention de sauvetage de la baleine, il est également nécessaire de veiller à l’environnement général.

(g)     Les interventions ne doivent pas être influencées par le temps, l’heure de la journée, les spectateurs, les médias, ou encore par la perception de la nécessité d’intervenir.

(h)     En cas de doute pour la sécurité ou la réussite de l’intervention, abandonnez, et, si possible, attachez un appareil de télésurveillance pour le suivi et/ou pour essayer une nouvelle fois dès que l’on disposera d’un meilleur soutien ainsi que de conditions et/ou ressources supérieures.

 

2. LE PERSONNEL

(a)     La sécurité humaine est la considération prioritaire.

(b)     On doit affecter des membres dûment formés, expérimentés et autorisés aux fonctions requises, et les interventions doivent être basées sur les qualifications du personnel disponible.

(c)     Les rôles doivent être confiés aux membres de l’équipe en fonction de leur expérience, de leur formation, et de leurs qualifications générales.

(d)     On doit procéder en permanence à des contrôles du personnel (fatigue, déshydratation, état émotionnel) afin de maintenir la sécurité.

(e)     On  doit encourager les membres de l’équipe à exprimer leurs vues si certaines interventions ou la situation générale les mettent mal à l’aise. Les cadres doivent respecter les inquiétudes soulevées, et ne pas imposer aux membres de leur personnel des rôles ou des actions avec lesquels ils sont en désaccord.

 

3. ÉQUIPEMENT DU PERSONNEL

(a)     Le personnel intervenant sur des dispositifs et des engins dans lesquels la baleine s’est emmêlée, ou à proximité de ces derniers, doit porter en permanence sur sa personne un couteau de sécurité en cas d’urgence.

(b)     On doit porter des gants pour la manutention de lignes, câbles ou filets sous charge (autrement dit attachés à une baleine).

(c)     Le personnel intervenant à proximité de la baleine et/ou utilisant des perches est tenu de porter un casque.

(d)     On doit porter en permanence des tenues et dispositifs de flottaison/protection appropriés. Par exemple : VFI, combinaisons de plongée, tenues de travail sans accroches (sangles, bagues et attaches risquant d’accrocher lignes et appareillages) .

(e)     On doit disposer de dispositifs de communication appropriés (p.ex. postes radio VHF étanches, téléphones cellulaires)

(f)      Il est nécessaire de se pourvoir d’eau et d’aliments en suffisance.

 

4. LES PLATES-FORMES

Les interventions sont normalement effectuées à bord de deux bâtiments : un bâtiment d’intervention principal, et un bâtiment de soutien / sécurité.

 

Bâtiment d’intervention principal

(a)     Il s’agit du bâtiment opérationnel principal, chargé d’évaluer, de procéder à l’intervention de sauvetage, et de contrôler la situation. Il est indispensable qu’à bord de ce bâtiment ne se trouvent que le personnel d’intervention et le matériel nécessaires.

(b)     Ce bâtiment doit être maintenu par un timonier, un membre d’équipage spécialisé à l’avant, et un troisième membre d’équipage spécialisé, chargé d’éloigner les lignes traînées de l’arbre du moteur, et d’assister l’équipage à l’avant.

(c)     Le pont doit être dégagé et exempt d’articles non sécurisés, susceptibles d’entraver le déploiement sans danger des lignes au cours de l’intervention.

 

Bâtiment de soutien / sécurité

Il est nécessaire de disposer d’un bâtiment de soutien transportant le personnel et le matériel nécessaire, et maintenant une redondance adéquate dans les systèmes de communications (autrement dit « two is one, and one is none » - deux vaut mieux qu’un seul). Ceci comprend du matériel de secourisme et de réanimation, ainsi qu’un personnel qualifié dans les urgences possibles.

 

5.ÉVALUATION

Pour déterminer si un animal justifie une intervention, on utilise les facteurs suivants dans le cadre d’une méthodologie décrite dans IWC/62/15.

 

L’animal et le type d’emmêlement

(a)     Taille

(b)     Espèce

(c)     Tempérament

(d)     Comportement

(e)     État de santé (Annexe IV, IWC/62/15): profil du corps, présence de cyamides, état général de la peau, et coloration.

(f)      Nature des blessures

(g)     Compagnie d’autres cohortes (membres du troupeau, baleineaux), et présence de requis ou autres prédateurs.

(h)     Mobilité (ancré, cercles de petit diamètre ou de grand diamètre, nageant librement)

(i)      Type et nature des engins (corde, ligne, casiers, filets, chaînes, etc).

(j)      Parties du corps affectées et indemnes.

(k)     Configuration et état des engins

 

Environnement

(a)     Conditions et prévisions météorologiques

(b)     État de la mer

(c)     Limitations à la navigation (p.ex. écueils, glace, profondeur)

(d)     Heure de la journée (p.ex. lumière du jour restante)

(e)     Éloignement du lieu

(f)      Disponibilité en ressources

 

Autres conditions

(a)     Visibilité du sinistre

(b)     Présence des médias ou du public

(c)     Navigation à proximité du bâtiment

(d)     Opérations militaires

(e)     Zones aux nombreuses activités récréatives

 

6. QUESTIONS DE SÉCURITÉ LORSQUE L’ON S’APPROCHE D’UNE BALEINE EMMELÉE DANS UN ENGIN

 

(a)     On doit éviter, ou, tout au moins, minimiser, le temps passé dans la zone de danger (zone située immédiatement devant l’animal, et côte à côte à celui-ci, à portée de lobes de queue et/ou de nageoires).

(b)     Un bâtiment ne doit jamais approcher dans le sillage d’une baleine emmêlée qui se déplace, car des engins traînés invisibles risquent de s’emmêler dans ses moteurs.

(c)     Seul le personnel et le matériel strictement nécessaires doivent se trouver à bord du bâtiment d’intervention principal (on laissera le matériel qui n’est pas requis de façon urgente à bord du bâtiment de soutien). Le matériel doit être rien rangé à bord du bâtiment d’intervention afin de minimiser les risques d’accrochage du bâtiment, ou du matériel à bord, par des lignes.

(d)     Éviter des manœuvres soudaines du bâtiment (p.ex déplacement du matériel ou variations soudaines de la vitesse), car elles sont plus susceptibles d’effrayer la baleine.

(e)     L’approche doit être méthodique et régulière : les animaux tenteront de se dérober et risquent de réagir de façon inattendue lorsqu’ils perçoivent un danger. On doit toujours partir du principe que les animaux ne savent pas que les intervenants sont là pour les assister.

 

7. PROCÉDURES D’INTERVENTION EN PRÉSENCE D’UNE BALEINE EMMELÉE

 Les méthodes de sauvetage nécessitent généralement que l’on contrôle l’animal, le découpage des engins à l’aide d’outils spéciaux, ainsi que la documentation et le suivi de l’incident. Le sauvetage d’une baleine comporte des interventions spécialisées, dangereuses tant pour l’intervenant que pour la baleine emmêlée ; comme nous l’avons déjà indiqué dans l’introduction, le présent document n’est pas un manuel d’instructions, et les procédures de sauvetage spécifiques s’acquièrent dans le cadre d’un programme de formation rigoureux (cf. Annexe F).

 

8. DOCUMENTATION ET DÉBRIEFING

La documentation réunie au cours d’interventions de sauvetage constitue une des meilleures et des seules opportunités de comprendre la portée et l’ampleur des problèmes d’emmêlement régionaux.

 

Cette documentation pourra comprendre

(a)     des photos d’interventions, et de l’animal avant, pendant et après l’intervention

(b)     de reprises vidéo effectuées avec des caméras montées sur des casques de protection

(c)     la collecte et la documentation des engins enlevés

(d)     des échantillonnages biologiques (biopsies, peau dans les engins)

(e)     des observations sur le terrain (journal de bord, registre comportementaux etc)

 

Ces informations doivent être recueillies pour constituer une étude de cas de sauvetage, et être mises en commun avec des réseaux régionaux et internationaux d’intervention de sauvetage de cétacés emmêlés. On doit toujours s’efforcer d’élaborer des procédures opérationnelles basées sur la documentation et les informations recueillies. Les données doivent identifier les espèces, les individus, la gravité des blessures, les méthodes de libération, ainsi que l’état de l’animal et de sa situation (sur le plan de l’emmêlement) à la fin de l’intervention.

On doit s’efforcer de contrôler le comportement, et la survie, à la suite du sauvetage, à l’aide de la télémesure, de la génétique, et de l’identification photographique des animaux individuels.

Le suivi des interventions de sauvetage constituent une opportunité pour des discussions sur l’état de la préparation, l’équipement utilisé, les méthodes appliquées, ainsi que l’identification de variations à apporter aux méthodes ou au matériel afin de perfectionner des tentatives de sauvetage dans l’avenir.

NB: comme nous l’avons indiqué aux points 3 et 8 du présent rapport, des travaux sont en cours aux fins de l’harmonisation, dans la mesure du possible, des données recueillies, des méthodes de conservation de ces données, et de la facilitation de la mise en commun de l’information.